Récits de courses à pied et de randonnées VTT
De retour de vacances, j'aurais du parler du Séjour VTT et Marche en Anjou que nous avons organisé avec 22 amis du 13 au 20 septembre, de l'accueil chaleureux que nous ont réservé Caro
et Bruno, vttistes d'Aubagne rencontrés à la Semaine Fédérale de Périgueux en 2007 et de nos balades en Provence près du Ventoux.
Mais aujourd'hui, c'est une lettre personnelle que j'adresse à Christian dans l'espoir, qu'un jour peut-être, il puisse la lire ou en être informé là où il se trouve.
Christian,
Je n'oublierai jamais ce lundi 29 septembre 2008.
Alors que nous marchons avec Alain sur un petit sentier provençal qui doit nous conduire vers les Dentelles de Montmirail, une mante religieuse attire mon attention au milieu du chemin. Je la
taquine avec mon pied, elle ne bouge pas. Je la prends rapidement en photo puis je continue mon chemin. Mais après quelques pas, je fais demi-tour sans qu'Alain s'en aperçoive pour la
photographier de plus près.
C'est à ce moment là, seule dans la montagne (peut-être l'as-tu voulu ainsi ?) que Dominique me prévient. Il est à peine 14h00.
NON, NON , NON, ce n'est pas possible, je ne veux pas le croire. Tu ne peux pas nous avoir quitté, pas toi.
Assise par terre, ma détresse est immense.
Que faire ? Rentrer au plus vite pour soutenir Dominique, pour l'aider, pour te voir et pour comprendre.
Mais avant, je suis sûre que c'est toi qui m'as donné la force d'annoncer cette terrible nouvelle à Maman.
Mais pourquoi ?
Pourquoi nous as-tu quitté comme cela sans prévenir ?
Pourquoi ton coeur s'est-il arrêté de battre ?
Entre incompréhension et chagrin, des images se bousculent dans ma tête.
Tu te rappelles notre enfance à Trélo, près du Château :
- de cette chute à vélo où le sang giclait de ma tête et de ta course vers la maison en criant : "Maman, Maman, viens vite, Roseline est morte !"
- de nos escapades chez Mimile et Simone et ...chez Perret. Quel personnage celui-là qui crachait, rôtait, prisait et nous faisait goûter au cidre au cul du tonneau dans un verre crasseux.
Nous n'avions que 5 - 6 ans mais nous aimions sa compagnie.
- de notre première année scolaire à l'école publique de La Telhaie où nous n'étions que trois élèves. Tu reposes désormais juste à côté.
Plus tard, c'est dans le bourg de La Telhaie que nous sommes venus habiter. Quelle grande maison pour nous !
Mais il fallait bien cela pour y organiser fêtes et anniversaires et y recevoir toute la famille et les amis. Nous étions heureux. Tu as pu y démontrer tous tes talents de bricoleur
et j'étais toujours là pour t'aider.
La maison était souvent remplie d'enfants aussi. Corinne est même devenue en quelque sorte notre petite soeur.
Elle m'a encore parlé de son petit bonnet orange. Tu te rappelles ?
Et ses 20 ans, quelle fête mémorable ! Elle a toujours ton film avec tes commentaires.
Puis, c'est le vélo qui a marqué notre jeunesse. Après les sorties dominicales avec les voisins, nous nous sommes attaqués à deux reprises à un trajet bien plus long : La Telhaie - Chartres
tous les deux en cyclo camping. Une superbe aventure, riche d'enseignements où nous avons appris à dépasser nos limites et où nos liens se sont encore renforcés.
Par la suite, Alain et moi te ferons découvrir les séjours VTT en Auvergne où tu auras même la joie de gravir le Puy-de-Dôme.
J'y ai pensé très fort ce lundi 29 septembre lorsqu'en arrivant sur Clermont, un superbe couché de soleil illuminait la chaîne des Puys.
Mais les meilleurs moments de notre jeunesse, c'est sans nul doute avec Marraine, notre marraine à tous les deux que nous les avons passés. Avec sa générosité, sa gentillesse et son coeur, elle
nous a fait connaître beaucoup de petits coins de France et elle nous a donné à tous les deux l'envie d'en découvrir d'autres. Elle nous a surtout donné beaucoup d'amour et nous a appris à
respecter les autres. J'espère que tu pourras la retrouver de l'autre côté de l'horizon.
Je ne t'ai vu vraiment malheureux qu'à une période de ta vie. C'est le moment que tu as choisi pour nous faire ton "coming out" comme on dit. Tu avais peur de nous annoncer ton homosexualité par
crainte de nous perdre, Papa, Maman et moi. Mais tout s'est bien passé car rien ne pouvait nous séparer. J'étais même soulagée que tu me le dises enfin et que tu puisses vivre ta vie au grand
jour.
Ton bonheur depuis 7 ans avec Dominique nous rendait tous heureux. C'est vraiment injuste d'arrêter une si belle histoire d'amour. Tu aurais voulu la poursuivre encore longtemps,
continuer à vivre dans cette petite maison dont tu avais toujours rêvé, à y recevoir tous tes amis mais ton coeur en a décidé autrement.
Ton sourire, ta présence, ta voix, ton humour, tes petits messages, tes bons petits plats, tes petits cadeaux et même tes ronchonnements passagers vont énormément me
manquer.
C'est la première fois que je t'écris une lettre car d'habitude, un petit mot, une petite carte nous suffisent. Ma dernière carte postale est arrivée trop tard et pourtant, j'étais tellement
fière de te dire que j'avais réussi à monter le Mont Ventoux avec mon VTT.
On n'a pas eu le temps de se dire au revoir alors j'avais besoin de te parler, de me rappeler quelques moments de notre vie et tout simplement de te dire que je t'aime.
Tu sais, je t'ai vu pleurer comme nous dans l'église mais ne t'inquiète pas, je serai là pour Papa et Maman et pour Dominique tant qu'il le voudra et qu'il aura besoin de nous. Nous
resterons unis et nous nous soutiendrons comme nous l'avons toujours fait.
J'espère qu'un jour, cette lettre te parviendra pour que tu saches que je suis heureuse et fière d'avoir eu un frère comme toi.
Bisous et à bientôt car je suis sûre que nous nous retrouverons un jour.
Roseline
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